L’histoire riche et mouvementée de la Basilique Saint Sernin de Toulouse

La basilique Saint-Sernin, par sa dimension impressionnante, étonne le pèlerin d'hier comme le visiteur d'aujourd'hui. Il s'agit en effet de la plus grande église romane d'Europe depuis la destruction de Cluny au XIX° siècle. L'édifice, classé au patrimoine mondial de l'humanité au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, est aussi exceptionnel par la qualité de ses sculptures et la richesse de ses décors.

Le nom Saint-Sernin vient de la transformation du nom de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, martyrisé en 250. A cette époque, la ville est une colonie romaine florissante, avec des monuments imposants et recouverts de marbre, (un théâtre antique de 6 000 places, deux aqueducs, des temples, des thermes, etc.).

Saturnin passe à proximité du grand temple du capitole (actuelle place Esquirol) où les Romains s'apprêtent à sacrifier un taureau. Pris à parti par la foule, il refuse de participer au sacrifice païen. Il est alors attaché par les pieds avec une corde, au cou du taureau, et l'animal furieux est lâché dans la ville. Saturnin perd la vie, témoignant ainsi de sa foi.

Son corps sera enterré profondément en dehors des remparts, le long de la route conduisant vers Cahors, dans une nécropole romaine, à proximité de l'emplacement où sera construit plus tard la basilique actuelle.

Le christianisme est autorisé, à partir de 313. Un petit oratoire est édifié sur sa tombe, un culte se développe et une première basilique, décrite comme somptueuse, est construite vers 400-420 sur l'emplacement de l'église actuelle pour abriter son tombeau. (L'abside* de cette église antique a été retrouvée lors des fouilles de la crypte de la basilique, dans les années 1967-1969).

Un cimetière, parmi les plus important de Gaule (d’où proviennent les magnifiques sarcophages conservés au musée Saint Raymond) s'implante autour de l'église. C'est un privilège que d'être enterré « ad sanctos » au plus près du saint, car cela permet d'espérer un accès au paradis au moment de la résurrection.

La présence d'un monastère est attestée en 844. La construction de l'église actuelle débute vers 1080 selon un modèle prestigieux, celui de la basilique funéraire par excellence : Saint-Pierre au Vatican, à Rome ! Elle est consacrée par le pape urbain II en mai 1096, ainsi que l'autel roman, sculpté par Bernard Gilduin parvenu jusqu'à nous. L’'édifice ne sera terminé qu'au XIV° siècle.

Un grand cloître roman, avec une centaine de chapiteaux sculptés la complète, et la porte Miégeville, par la qualité de ses sculptures, est un chef d'œuvre abouti. La sculpture toulousaine est au sommet de l'art roman et sera un modèle diffusé tout au long du chemin de Saint-Jacques et dans le Nord de l’Espagne.

Enrichie tout au long de son histoire par quantité de reliques, l'abbaye acquiert au Moyen Âge un prestige extraordinaire, car elle est censée abriter les corps de six apôtres, par donation de Charlemagne ! Elle est depuis une étape importante sur les chemins de pèlerinage, en particulier sur le chemin d'Arles ou via Tolosana, à mi-chemin entre Rome et Saint-Jacques de Compostelle.

Depuis le XIII° siècle jusqu'à la Révolution française, des confréries de laïques jouent un rôle considérable dans la mise en valeur des reliques, par la réalisation de riches autels et pièces d'orfèvrerie. Vers 1540, son chœur est décoré d'un ensemble de peintures, dans le style de la Renaissance italienne.

Dans la première moitié du dix-septième siècle son déambulatoire* est enrichi d’armoires en boiseries dorées et d'autels favorisant la dévotion en mettant en valeur les reliques dont le nombre n'a cessé de croire tout au long du Moyen-Âge. Ce qui fait dire aux moines qu'il n'y a pas de lieu plus saint au monde. Effectivement, la basilique Saint-Sernin de Toulouse possède le plus grand nombre de reliques après le Vatican.

Un baldaquin baroque viendra remplacer au XVIII° siècle, un monument funéraire gothique. Conçu pour mettre en valeur le tombeau de Saturnin, par Marc Arcis, sculpteur ayant travaillé sur le chantier de Versailles, ce chef d'œuvre de marbres variés et de bois dorés, place en hauteur le sarcophage de Saint-Saturnin pour rappeler à tous le sacrifice du premier évêque de Toulouse.

A la révolution, les bâtiments de l'abbaye et le cloître sont vendus comme biens nationaux, et démolis au début du XIX° siècle. Dans cette période qui donnera à Toulouse le titre peu glorieux de « capitale du vandalisme », 3 cloîtres romans seront détruits !

De l'abbaye de Saint-Sernin, seul subsiste le collège Saint-Raymond, bâtiment du XVI° siècle, qui abrite aujourd'hui un exceptionnel mais trop petit musée dédié à l'Antiquité de Toulouse et de la région.

Le sous-sol de la place, jamais fouillé, est un vaste gisement archéologique, gardien de ces deux mille ans d'histoire, depuis la nécropole romaine, en passant par un cimetière paléochrétien autour de la première basilique, les bâtiments de l'abbaye et du cloître détruit, et le cimetière des comtes de Toulouse.

Les vestiges affleurent à 20 cm sous le bitume car la place a été décaissée, de 1 m à 1,50 m au XIX° siècle et nous avons encore beaucoup à apprendre de l’histoire de ce site exceptionnel et des gens qui l’ont bâti et occupé.

*Abside : partie généralement en demi-cercle de l'église où se trouve l'autel et où le prêtre célèbre la messe

*Déambulatoire : espace de circulation semi-circulaire, derrière l'abside, qui permettait aux pèlerins de faire le tour du tombeau, et leurs dévotions aux différentes chapelles.

 

Pour plus d'information n'hésitez pas à visiter le site officiel de la Basilique :

http://www.basilique-saint-sernin.fr/site/basilique-romane/bienvenue.htm