Le mystère des sarcophages paléochrétiens de Saint-Sernin

Toulouse est l’une des principales villes créatrices d’images paléochrétiennes du monde méditerranéen et européen. Elle le doit à la précocité de sa christianisation, dont Saturnin fut l’acteur majeur dès le milieu du IIIe siècle. Une importante communauté chrétienne vivait dans la ville et sa région aux  IVe et Ve siècles. Si nous n’en percevons que partiellement la composition sociale, les faits et gestes, les premières églises et la liturgie, nous disposons cependant d’un exceptionnel ensemble de sarcophages sculptés, conservés à Saint-Sernin, au musée Saint-Raymond et dans un large Sud-Ouest, du Rhône à l’Atlantique. À travers leurs images figurées et décors allégoriques, ils révèlent  la pensée théologique de ces premiers chrétiens toulousains.

 Le plus important qui soit encore visible à Saint-Sernin, dans le croisillon nord du transept, est celui d’un mystérieux comte de Toulouse du Xe siècle. Il reçut ensuite d’autres sépultures, probablement de la même famille comtale. Pour ces comtes, plusieurs sarcophages antiques avaient ainsi été réutilisés aux Xe et XIe siècles. Peut-être cette prestigieuse famille montrait-elle ainsi son attachement aux  lointaines origines romaines et chrétiennes de sa capitale. Groupés dans un enfeu, dit pour cela « des Comtes », près des portes du croisillon méridional du transept, ces tombeaux nécessitèrent en 1989 une intervention conservatoire. Elle permit de fouiller le plus important et décoré d’entre eux. Après cette opération, il fut jugé prudent de le conserver désormais à l’intérieur de l’église et de le remplacer in situ par son moulage.

Cette œuvre est en effet à ce jour unique dans l’art paléochrétien d’Occident. Si la face principale de sa cuve reprend le thème, venu de Rome, du collège des Apôtres réuni sous un portique autour du Christ enseignant, les petits côtés donnent à voir une image de la méditation de Pierre et Paul auprès du Saint-Sépulcre et une autre d’apothéose d’un  personnage inconnu. Elles font toute la rareté du monument. Le couvercle n’appartenait pas à l’origine à cette cuve. Il porte des scènes de miracles eucharistiques. Le tout a transmis jusqu’à nous un exemple de cet art paléochrétien de la fin du IVe siècle ou du début du suivant évoqué plus haut. Il est d’un intérêt majeur pour le patrimoine de Toulouse.

 C’est pourquoi s’impose la fouille archéologique des abords de Saint-Sernin, où fut la nécropole antique qui reçut de nombreux sarcophages de ce type, et fonctionna sans doute l’atelier de sculpture qui les créa.

L’un des sondages archéologiques d’évaluation, pourtant peu profonds, réalisés en 2015 place Saint-Raymond, a permis de découvrir un important morceau d’un de ces précieux monuments de marbre. Il y en a sans doute encore beaucoup d’autres sous terre et certainement aussi des sarcophages complets. 

                                                                                                                    Daniel Cazes