Notre lettre aux Associations membres du G8 patrimoine

Conformément à l’article 1 de l’arrêté du 20 janvier 2005 portant création d’un Groupe national d’information et de concertation sur le patrimoine, sont membres de ce Groupe national les présidents des associations nationales, reconnues d’utilité publique, de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine bâti et paysager.
Ces associations nationales sont toutes membres de la Réunion des associations nationales reconnues d’utilité publique de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine bâti et paysager, communément dénommée G8-Patrimoine.

 

Madame, Monsieur,

Votre Association dont nous connaissons le sérieux et la réputation œuvre pour la protection et la sauvegarde du Patrimoine sous toutes ses formes.

Sur les conseils de l’Association VMF Toulouse nous souhaitons alerter par la présente, les différents membres du G8, sur le projet d’urbanisme de la Place Saint Sernin de Toulouse, projet qui met en danger le site archéologique jamais fouillé, vieux de 2000 ans, au centre duquel s’élève la Basilique romane du XII° siècle dédiée à Saint Saturnin (Saint-Sernin).

Nous voulons vous présenter également nos propositions d’un aménagement plus ambitieux afin d’avoir votre soutien en faveur de ce site unique et remarquable. Vous trouverez dans le dossier de presse ci-joint les positions que nous défendons depuis 2 ans, sans être vraiment entendus. Ce dossier de presse évolue selon l’actualité et est intégralement disponible sur notre site web : www.collectifsauvegardesaintsernin.fr

Le projet d’urbanisme adopté par la ville est certes nécessaire (suppression du parking, piétonisation…), mais il doit être mené avec une ambition plus grande et avec une vision à long terme, dans le respect du site et des vestiges archéologiques qu’il recouvre. A ce stade, aucune fouille sérieuse n'est prévue et toute la mise en œuvre du projet d'aménagement cherche à les éviter puisque le sol sera surélevé par endroit, sans tenir compte des proportions du monument.

A moins de 10 jours du démarrage des travaux, nos préoccupations sont vives car les concessionnaires privés vont travailler jusqu’en juillet 2017 à rénover les réseaux d’adduction d'eau et électricité. La mairie nous assure que les tranchées seront reprises sur les emplacements exacts des anciens réseaux, sous contrôle d'un archéologue salarié de la ville ... Or des travaux récents menés par ces mêmes concessionnaires en d’autres endroits de la ville, nous font craindre un non-respect de leurs obligations et une destruction des vestiges de moyenne surface (environ 1 mètre de profondeur).

Le projet actuel prévoit en outre la plantation d'une centaine de tilleuls (!) sur le site archéologique. Les services de l'état (DRAC) demandent uniquement la fouille des trous de plantation. A défaut de fouilles complètes et systématiques, nous insistons pour demander le moins de plantations possibles, d’arbres moins invasifs, et une réversibilité maximale pour les surfaces traitées, réversibilité qui permettrait à court terme la mise en place d’un véritable chantier de fouilles que nous allons défendre dans le cadre d’un schéma directeur.

Vous noterez enfin que l'humidité (eaux de pluie et d’arrosage du jardin du chevet) menace la Basilique, un drain sera peut-être nécessaire et imposera la fouille de son emplacement. Nous assisterons alors a un labourage de plusieurs zones et au mitage du site, compromettant ainsi toute recherche archéologique postérieure.

Les propositions concrètes que nous faisons en coordination avec les experts de la Société Archéologique du Midi de la France (SAMF) développent un projet plus ambitieux sur le long terme. En sous dimensionnant son projet Toulouse passe à côté de l’opportunité de valoriser les richesses de ce site emblématique, mondialement reconnu.

Le collectif vous remercie par avance de l’intérêt que vous porterez à notre action :  en partageant avec vos membres ce courrier, en les invitant à s’informer sur notre site internet, à signer notre pétition disponible sur CHANGE.ORG (recherchez SERNIN) et en ouvrant vos publications à notre cause vous permettrez non seulement de protéger et d’embellir notre patrimoine mais aussi de léguer aux prochaines générations un lieu de culture et d’échange de grande valeur.

Nous restons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos meilleures salutations.

 

Le Collectif "Sauvegarde de la Place Saint-Sernin"

Notre réponse a la lettre de JL Moudenc

Monsieur Le Maire de Toulouse,

Notre Collectif s’est réuni la semaine dernière, a pris connaissance de votre lettre et vous remercie pour les arguments que vous avez souhaités apporter au débat.

Nous voulons également remercier pour leur disponibilité les membres des équipes municipales qui ont pris le temps de nous écouter et de nous répondre quand les informations demandées étaient disponibles : Mesdames Escudier, Laigneau et Lorin, Madame Kemplaire, Monsieur Chollet et les équipes techniques parmi lesquels Monsieur Seguéla, Monsieur Pradal et Monsieur Pisani.

Lors de ces rencontres, nous avons rappelé notre souhait d’être une force de proposition et non une voix d’opposition ; nous avons également réaffirmé notre conviction que le projet que nous portons serait un atout réel pour Toulouse, pour le dossier de classement que vous préparez pour l’Unesco et qu’il ferait la démonstration de l’intérêt que la Municipalité actuelle porte à sa Basilique et à son histoire dans le cadre du plan de gestion des sites déjà classés.

Mais, et sans vouloir reprendre point par point les différents éléments de votre courrier ou de nos propositions, il reste essentiel à nos yeux de réitérer haut et fort, à moins de 5 jours du démarrage des travaux sur les réseaux, nos très vives inquiétudes quant à la menace immédiate que ces réfections feront peser sur le sous-sol du site (avant même son aménagement qui débutera effectivement en 2018).

Vous nous assurez que les tranchées seront reprises sur les emplacements exacts des anciens réseaux, sous contrôle d'un archéologue salarié de la ville ; nous en prenons note. Mais en l’absence de plans de recollement précis les « déboires » récents constatés par vos services, avec ces mêmes concessionnaires, en d’autres endroits de la vieille ville démontrent le bien fondé de nos craintes de destruction des vestiges historiques de moyenne surface.

En raison des risques patents de labourage et de mitage du site, tant à cause des réseaux que du drain nécessaire pour résoudre les problèmes d’humidité de la Basilique, auxquels s’ajouteront les fouilles prévues dans les trous de plantations des arbres, nous vous demandons une nouvelle fois d’aller au-delà des préconisations des différents services qui ont validé les travaux envisagés et d’adopter dès à présent un principe de fouilles préventives sectorisées sérieusement menées, dont vous savez qu’elles peuvent être compatibles avec un embellissement de la place dans les temps impartis.

En ce qui concerne la végétalisation, la réversibilité des surfaces par le choix de revêtements adaptés (et souvent moins onéreux), la prise en compte de tous les usages et des usagers puis à la mise en chantier d’un Musée de l’œuvre auquel vous vous dites attaché, sachez que nous allons continuer à nous entourer d’expertises et de soutiens. Nous pourrons ainsi nourrir le dialogue avec vos équipes que nous reverrons fin février, quand le plan détaillé d’urbanisation sera en cours de finalisation. La nécessité d’un schéma directeur à plus long terme, intégrant l’ensemble de ces phases sera alors, nous l’espérons entendue.

En synthèse, nous souhaitons que le projet actuel ne soit qu’une première étape de mise en valeur touristique du site et non une fin en soi : Toulouse ne doit pas passer à côté d’une telle opportunité.

Nous connaissons la lourdeur de votre agenda, nous serions pourtant heureux de pouvoir vous présenter de vive voix et en quelques minutes, non seulement les vœux du Collectif, mais surtout les lignes de force de nos propositions car il est probable que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous sépare et qu’en démocratie, rien ne vaut des explications directes et franches. Vous l’aurez noté, notre projet compte à ce jour près de 6000 signatures de soutien

Nous restons à votre disposition pour cette rencontre prochaine et vous prions de croire, Monsieur le Maire en l'expression de nos sentiments très courtois.

 

Le Collectif "Sauvegarde de la Place Saint-Sernin"

Lettre de Monsieur Moudenc

Madame, Monsieur,

J’ai pris connaissance de la pétition pour la valorisation de la place Saint-Sernin de Toulouse et la sauvegarde de son site archéologique bimillénaire, mise en ligne par le Collectif de Sauvegarde de Saint-Sernin.

Vous souhaitez voir des fouilles archéologiques approfondies réalisées sur l’ensemble du site, ainsi que le projet d’aménagement revu de façon à mettre en valeur les vestiges du cloître et de l’abbaye, et de garantir la transmission de ce patrimoine aux générations futures tout en protégeant la basilique.

Vous craignez que les travaux envisagés pour le projet actuel ne condamnent ou compliquent une évolution future vers un projet d’envergure et vous souhaitez que des fouilles soient préalablement entreprises.

Tout d’abord, vous savez combien je me réjouis du travail mené, sous l’autorité déléguée à Annette LAIGNEAU, Adjointe au Maire en charge notamment de la mise en valeur du Patrimoine toulousain, par Joan BUSQUETS, en collaboration avec le Collectif « Sauvegarde de la place Saint-Sernin », sur ce projet qui comporte de nombreuses contraintes.

Or, le travail d’élaboration de notre projet, depuis le début, est mené dans son intégralité sous le contrôle de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

Notre projet a été validé sans difficulté par la Commission Nationale des Monuments Historiques (CNMH).

Il s’agit d’un point d’importance majeure à mes yeux car il clôt tout débat dans l’immédiat.

Quand on connaît la composition de cette Commission, la remarquable représentativité de ses membres, leur niveau exceptionnel de savoir et leur indépendance politique totale, on ne peut que respecter les décisions qu’elle prend, loin des polémiques locales.

Aussi, je tiens à vous rassurer, car ma démarche a toujours été claire depuis le départ : nous entendons tout mettre en œuvre pour protéger les vestiges archéologiques et permettre des fouilles futures sans détérioration des vestiges.

Le choix de ne pas réaliser de fouilles se justifie par le parti pris du projet, dont un des enjeux essentiels - outre la valorisation de la basilique - est la préservation du patrimoine archéologique. La conception des espaces réaménagés, comme a pu l’apprécier la CNMH section abords, rend donc volontairement hommage à l’histoire du site abbatial par des marquages au sol dévoilant sa richesse archéologique, sans qu’il n’y ait pour autant d’impact sur les couches anciennes.

C’est ce projet, mesuré et respectueux des niveaux archéologiques, qui a été validé par le service compétent de la DRAC.

Rassurez-vous, j’ai veillé à ce que le recours au béton pour le traitement de la place ne soit pas systématique et, en dehors de la plupart des espaces circulés, les pavés de porphyre seront posés sur l’enrobé existant qui sera raboté.

Au contraire, avec la création d’un nouveau jardin à côté du cloître et la végétalisation de la place Saint-Sernin, il y aura beaucoup moins de béton à l’issue des travaux en 2020 qu’aujourd’hui !

J’ai également pris connaissance de votre proposition de valorisation du lieu par la mise en valeur des vestiges du cloître et de l’abbaye, ainsi que la création d’un musée de l’Œuvre, qui serait, selon vous, un thème original et fort à présenter comme dossier à la candidature UNESCO.

A ce titre, la nature du patrimoine conservé au niveau de la place Saint-Sernin depuis les origines paléochrétiennes jusqu’à l’époque médiévale, voire moderne, ne constitue pas une valeur universelle exceptionnelle en elle-même car elle se retrouve dans plusieurs autres sites en France et en Europe. Le développement d’une nécropole au plus près de la sépulture d’un corps saint (Saint-Saturnin en l’occurrence), puis la construction d’une basilique et d’une abbaye à proximité est connue par ailleurs (Limoges par exemple).

Ensuite, vous déplorez que le projet soit d’ores et déjà finalisé et bouclé.

Certes, j’ai souhaité que le projet soit présenté à la presse, puis en réunion publique le 14 septembre dernier, mais, ensuite, une large concertation s’est déroulée jusqu’au 14 octobre.

De plus, à ma demande, un local dédié au projet Grand Saint-Sernin a été mis à la disposition des personnes qui souhaiteraient plus de détails sur le projet d’aménagement et ses conséquences. Tous ces éléments sont également accessibles sur le site Internet de la Mairie - onglet « Grand Sernin ».

Un groupe de travail s’est réuni pour la première fois le 9 novembre, dont certains membres du collectif font partie des associations de quartier conviées : le collectif n’est donc pas exclu, de fait, du groupe de travail.

Je vous rappelle que le groupe de travail réunit la DRAC, le lycée Saint-Sernin, l’Abbé Vincent Gallois, la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine du Périgord, l’Office de Tourisme, la Société archéologique du Midi de la France, l’Agence de Coopération Inter Régionale des Chemins de Compostelle, l’association des riverains de la place Saint-Sernin, l’association des commerçants de la place Saint-Sernin, l’association des commerçants de la rue du Taur, l’association des brocanteurs, enfin Joan BUSQUETS, ainsi que des élus et des services de la Mairie et de la Métropole.

Néanmoins, cette phase participative, bienvenue à nos yeux, ne doit diminuer en rien le rôle des élus, celui de décider. Qu’il n’y ait pas de confusion sur ce point !

Pendant toute la durée du chantier, un archéologue sera présent pour s’assurer que chaque engagement pris par la Collectivité sera bien respecté.

De plus, ces travaux vont remédier aux problèmes d’infiltration qui dégradent aujourd’hui la basilique et sont un préalable indispensable à la rénovation que nous allons engager sur l’édifice. C’est là une initiative patrimoniale majeure qui constituera un argument de poids pour notre démarche en faveur du classement UNESCO.

Concernant le musée de l’Œuvre, vous savez que je le souhaite aussi. Toutefois, j’ai choisi, pour le créer, de recourir au bâti existant autour de la basilique car je crains un conflit de style entre une création contemporaine dans un espace trop contraint et l’environnement architectural existant, en premier lieu la basilique.

La Collectivité ayant vocation à être maître d’ouvrage et financeur premier de ce musée de l’Œuvre, nous sommes donc légitimes à en avoir une conception propre.

Vous abordez également la question de la restauration de ce monument. Un diagnostic (étude scientifique et constat d’état sanitaire) du massif occidental de la basilique, aussi bien des façades que des salles qui se superposent dans chaque tour, a fait l’objet d’une commande publique.

Le cabinet d’architectes du Patrimoine choisi est la société Rebière-Boussotrot, qui a également en charge l’étude sanitaire des peintures médiévales du transept et celle des cryptes.

Cette étude très complète doit être rendue fin janvier 2017. Elle comportera également des propositions de restauration avec un phasage et une évaluation du coût. Elle devra ensuite recevoir l’aval conjoint de la Mairie de Toulouse et de la Conservation Régionale des Monuments Historiques. Le projet de restauration proposé et accepté par les deux parties devra aussi être validé par la Commission Supérieure des Monuments Historiques.

Ces procédures devraient amener à la fin 2017.

Après quoi, les appels d’offres pour les corps de métier pourront être lancés et les travaux débuter courant premier trimestre 2018. Ils commenceront obligatoirement par l’extérieur car je souhaiterais qu’ils soient terminés en même temps que la place pour éviter les travaux visibles sur la place au moment de l’inauguration.

Mes collègues Julie ESCUDIER, Maire de ce quartier, et Annette LAIGNEAU, Adjointe au Maire en charge de la coordination des politiques d’urbanisme et d’aménagement, sont, si vous le souhaitez, à votre disposition pour aborder toute question concernant cette problématique.

Pour conclure, qu’il me soit permis, quitte à vous chagriner, de déplorer que la Municipalité soit à ce point critiquée par vous alors qu’elle impulse un projet de mise en valeur de Saint-Sernin, alors que rien n’a été fait en faveur de ce site exceptionnel depuis plus d’un quart de siècle.

Pendant toute cette période, je n’ai pas beaucoup vu de pétitionnaires en faveur de Saint-Sernin. Visiblement, vous vous accommodiez sans difficulté d’une situation de sous valorisation…

Quel paradoxe !

Pour finir, vous trouverez ci-après le communiqué de presse de la Préfecture publié le 15 décembre dernier par lequel Monsieur Pascal MAILHOS, Préfet de la Région Occitanie et Préfet de la Haute-Garonne, précise la position de l’Etat sur les fouilles de Saint-Sernin.

Ce document est en parfaite harmonie avec la position de la Mairie de Toulouse.

Cela démontre, si besoin était, que la Collectivité locale dont j’ai la responsabilité n’impose pas « son » point de vue, et ce de façon isolée.

En vous assurant de ma volonté de réaliser un projet exceptionnel, alliant mise en valeur d’un héritage commun et prise en compte des usages futurs, tout en veillant au respect du lien affectif que les habitants ont tissé avec l’édifice au fil des siècles,

je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Jean-Luc MOUDENC